mardi 11 janvier 2011

T'es beau comme un truck sur la 86









J'étais sur le quai de la gare, et j'essayais de faire rentrer trois Hollywood chewing-hums goût menthol dans ma bouche en attendant le train pour Lausanne. La gare de Vevey a un petit côté classe que j'aime bien parce qu'elle ressemble à la gare de Kings Cross, en plus vieux, en plus petit, et avec toujours les mêmes gens. Il y a toujours la mamie folle au manteau violet et au bibi bleu, le blond tout droit sorti d'un film indépendant du Utah/US Film Festival 1978, la connasse de la caisse qui me demande systématiquement mon permis de séjour, et ce grand type brun avec ses baskets pleines de peinture et son air franchement à l'ouest. Il y a d'autres gens aussi, mais bon je suis myope et je ne peux pas voir tout le monde, non plus. C'est quand le train de 14h01 est arrivé par la droite que je me suis rappelée qu'il y a exactement trois ans, jour pour jour, j'attendais un bus dans la banlieue de Washington, avec le meme pantalon noir déchiré aux genoux (et un peu partout ailleurs désormais). J'essayais de faire fonctionner une cabine téléphonique vieille comme le monde, Barack Obama n'était pas encore président des Etats-Unis et une vieille dame m'avait proposé son hamburger contre un paquet de Gauloises rouges, qu'on trouve aux USA mais pas en Suisse, oui. Nous avions 18 ans, les cheveux longs et un passeport périmé qui, nous ne le savions pas encore, allait nous valoir un refus d'entrée sur le sol canadien mais après tout on s'en foutait, je crois, de passer 16 heures dans un bus pour revenir au point de départ.

photos faites il y a donc 3 ans a brooklyn, ny
with my very first camera

E

jeudi 6 janvier 2011

Profitons d'être tellement de gauche

Bon, j'avoue, en première lecture on pourrait nous croire dépressifs, voire neurasthéniques.
Ok, pour l'instant sur que c'est pas notre côté optimiste qui transpire le plus, mais je vous assure qu'on est drôles comme gens. Si, si.
Alors si ce coté pessimo-dépressif est si apparent c'est parce qu'on sait très bien que plus tard on sera trop occupés dans nos vies extraordinaires pour pouvoir le développer. Sans déc, j'vous jure c'est vrai les mecs.
Vous croyiez quand même pas que nous aurons toujours le temps de philosopher de comptoir quand le tout-Paris sera à nos pieds?
En cette (future) riche époque où nous fumerons du caviar roulé dans des billets de 500€, les préoccupations de nos semblables ne titilleront même plus nos âmes pourtant si charitables. Les sommets que nous atteindrons dans nos carrières respectives nous permettront même de ne plus rien en avoir a faire. Bah oui, vous avez déjà entendu parler de riches qui soient philanthropes et humanistes vous?
Et puis quoi, pensiez-vous vraiment que ces quelques textes et photos reflétaient réellement ce que nous sommes? Faut pas croire, on est des fous. Le genre de dingues qui taguent les cages d'escaliers. De vrais rebelles qui n'hésitent pas à se déguiser en hirondelles et disserter sur des plaques d'égouts. Nous on dort avec les canards et on teuf dans 9m², à deux.
Alors plus tard, entre un qui couvrira chaque conflit international et l'autre réclamée dans les plus grands shootings, faut bien dire qu'on en aura vraiment plus grand chose à faire du reste et de tout ça.
N'y voyiez là aucun égoïsme ou autre, on aura juste chose à faire, c'est tout, en fredonnant qu'on était tellement de gauche et qu'on ne saura plus trop quoi penser.
C'est vrai qu'entre nous on en parle souvent de ce bientôt qui changera tout, nous propulsera aux plus hauts sommets; et même si on sait pas trop où on va, on sait qu'on finira par y arriver. Du moins on l'espères. Mais en attendant, tâchons de rester concentrer sur nos petites vies et d'en tirer ce que pouvons. Sans doute pas grand chose, mais bon on fait avec ce qu'on a et quand on a rien, et bien on fait quand même.

S.